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PlayStation signe la fin du format physique

Écrit par Avatar de shady77shady77

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Il m'a fallu plusieurs jours pour écrire ces quelques lignes, le temps de digérer l'information et d'encaisser le coup. Après plus de 20ans de collection et 15ans passées à partager avec vous, sur ce blog, ma passion pour les éditions physiques, la nouvelle résonne comme un véritable crève-cœur. Le 1er juillet 2026, Sony a publié sur son blog un billet aussi froid que lapidaire : à partir de janvier 2028, plus aucun nouveau jeu PlayStation ne sortira sur disque, ni les jeux first-party, ni ceux des éditeurs tiers. Après cette date, tout passera par téléchargement sur le PlayStation Store, ou avec un simple code glissé dans une boîte, comme vient de l'inaugurer à grande échelle GTA 6.

On ne va pas se mentir, cette épée de Damoclès planait au-dessus de nos étagères depuis des années. Simplement, j'imaginais une pente douce, une niche où survivrait le support physique. Certainement pas une date de péremption tamponnée d'un coup. Ce qui transforme cette déception en véritable trahison, c'est le souvenir encore intact de l'E3 2013. Cette année-là, Microsoft présentait une Xbox One avec de fortes restrictions sur l'occasion, quand Sony se posait en grand défenseur des joueurs. Sur scène, Jack Tretton garantissait que la PS4 laisserait prêter, revendre et échanger ses jeux librement, sous un mot d'ordre resté célèbre : gardez-le pour toujours. La marque enfonçait même le clou avec une vidéo troll devenue culte, présentée comme un tutoriel officiel pour prêter un jeu à un ami, où l'on voyait simplement Shuhei Yoshida tendre un boîtier à un collègue. Le message était limpide : chez PlayStation, les joueurs et le disque étaient sacrés.

Treize ans plus tard, ce même Sony fait exactement ce qu'il moquait hier, et le dernier rempart du physique en devient le fossoyeur officiel.

Le plus sournois, c'est que cette trahison n'a pas vraiment commencé cette semaine, mais elle infuse déjà depuis des années avec des patchs day one obligatoires de plus en plus fréquents, puis des disques à moitié vides, pour finir avec des codes de téléchargement en forme de cartes chez Nintendo. De son côté, Sony s'est même mis à vendre des éditions collector first-party sans le moindre disque. Le collector de Spider-Man 2 restera longtemps l'exemple le plus douloureux, livré avec une superbe figurine mais un simple code. Et même si le jeu sera dispo en version physique, Wolverine sonne quand même comme un petit coup de grâce en devenant la première grosse exclusivité PlayStation totalement privée de la moindre édition limitée ou collector. Avec le recul, imposer le code dans la boîte pour les précommandes d'un mastodonte comme GTA 6 était finalement le cheval de Troie parfait juste avant ce communiqué.

D'ailleurs, cette bascule ne concerne pas que les jeux, puisqu'elle a gagné les consoles elles-mêmes, avec une PS5 déclinée en version numérique, puis une PS5 Pro qui a relégué le lecteur au rang d'accessoire, et bientôt une PS6 sur laquelle on pourra sans doute dire adieu au moindre lecteur. Le tout sans parler des superbes éditions limitées, qui elles aussi, se raréfient d'année en année. Autant dire que rien de tout cela n'est improvisé, puisque l'usine autrichienne de Thalgau, dernier site de pressage détenu à 100 % par Sony, a déjà entamé sa reconversion vers les micro-lentilles.

Face à cette industrialisation du vide, je pense surtout à cet écosystème passionné qui portait le support physique à bout de bras là où l'industrie le laissait tomber. Des acteurs comme Maximum, LRG, iam8bit, Fangamer, Strictly Limited, Play-Asia, Super Rare, Red Art Games, Special Reserve, Signature Edition, Plaion, Pix'n Love, Microids, Tesura, et tant d'autres labels indépendants. Tous offrent une vraie existence physique à des jeux qui n'y auraient jamais eu droit, alors que leur restera-t-il sur PlayStation une fois le pressage disparu ? C'est une part immense de leur travail qui risque de s'éteindre avec la galette.

Alors, tout est-il perdu ? Peut-être pas tout à fait. L'annonce a déclenché un tollé rare, entre pétitions, appels au boycott et figures politiques qui s'emparent de la question de la propriété : on peut rêver qu'un législateur s'inquiète du monopole de Sony et l'oblige à ouvrir le pressage à des tiers, même si cela paraît aujourd'hui assez improbable. L'autre espoir viendrait de Xbox, en pleine reconstruction, car quelle plus belle revanche que de retourner contre Sony le troll de 2013 en se posant à son tour en défenseur du disque et de la propriété ? Mais vu le passé de Xbox, je ne me fais pas trop d'illusions, même si une partie de moi a tout de même très envie d'y croire un peu.

Quoi qu'il arrive, il nous reste dix-huit mois pour garnir nos étagères, avec une conviction qui ne nous quittera pas : une collection n'a jamais été un simple empilement de boîtes et de cartons. C'est un ancrage dans le réel, un rempart contre l'oubli, une manière d'affirmer que ces œuvres ont bel et bien existé, tangibles, et qu'on les a assez aimées pour vouloir les garder. Gardez-le pour toujours, promettait Sony à l'époque, et il a beau avoir rangé cette promesse au placard, nous comptons bien la tenir à sa place. ✊

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